napomo 2019
- Pascal e

- 30 avr. 2019
- 6 min de lecture
1.
j’ai slidé sur la découpe
des deux bords du monde
du mien, sûrement
j’me suis sentie
comme on respire
jusqu’à la cime
jusqu’au creux
juste ici j’me serais plantée
t’sais ces moments-là
où le futur s’étale sur une cuisine
pis sur des fenêtres qui donnent sur la neige
t’sais quand tu t’installerais dans une pensée
tu t’y fonderais une famille
t’y achèterais peut-être un chien
ça slidait bien...
2.
j’arrive au bout des jours mesurés
la poussière de sherbrooke sent le printemps
tantôt j’ai pissé dans la rivière et j’ai souri au soleil
mon sac à dos plein de bouffe d’épicerie pas d’porte-feuille
c’était un bon moment
le long d’la galt est
le genou gauche qui commence à chauffer
le col roulé déroulé masque à gaz improvisé
j’me souviens pu à quoi j’pensais
à regarder les chars
me splasher de flaques brunes
j’pense que j’me suis demandé comment j’fais pour être heureuse de même
3.
ma princesse préférée
portait un sac au lieu d’une robe
son prince l’ayant vue ainsi vêtue
s’en était allé en courant
et elle
elle s’en est allée dans la direction opposée
les bras dans les airs
sous un coucher de soleil
quand j’étais petite
j’avais des robes et des couronnes
et j’idéalisais les sans-abris
4.
ma chambre est propre
j’ai pu d’amis
je suis aux anges
non ç’pas vrai
voyons donc
ta best c’t’une plante
t’es chill
t’es aux anges
t’as raison
j’t’aux anges
j’ai bu un smoothie
c’tait un smoothie vert
yo
un smoothie vert
j’t’aux anges
j’ai trié ma poussière pis j’ai mis les choses qui se ressemblent ensemble
la poubelle est pleine
pis j’ai pu d’amis
y a du jazz pis y a björk
ben y a ma succulente aussi
j’t’aux anges
5.
j’avais même déchiré mon rideau pour m’en faire une jupe
j’avais pris des fleurs séchées pour rassurer ma coiffure de pu habituée les bottes fières l’idée enrubannée
m’en va cruiser
la fin d’une solitude
les deux mains su’l micro
le cœur déployé
m’en viens t’bricoler ça
c’te matériel à imaginaire-là
ça arrive
pour siffler faut savoir vomir (c’tu ça, la phrase?)
j’m’étais mise belle pour les fantômes
j’ai crié comme pour séduire
la fin du monde
ça a fait écho
dans mes craques
ça arrive
7.
ils auraient l’odeur d’un lac et du bord d’un feu
avec une touche de l’effort parfumé d’un bûcheron
ils seraient faits à base de berceuses et d’oreillers
voiliers téméraires
ils goûteraient le sapin
et écriraient des poèmes sur mon dos
des poèmes sans rimes
compteraient le nombre de mes vertèbres comme pour s’en souvenir et prendraient ma nuque comme on prend la mer
8.
ça c’est moi
tu me demandes « why do you want to isolate yourself? »
y a un volcan pis des éclaboussures tu les entends pas
tu es empathique pour ce qui s'entend
c’est pas de ta faute
pis ça c’est toi
« we’re social animals, you know »
la femme sublime sur le grand écran
qui se cache le visage d’une main
pour qu’on ne la reconnaisse pas dans la salle de cinéma
tu as marché jusqu’ici pour du thé
et tu parles toutes les langues sans me comprendre
tu joues au piano avec des écouteurs
« music is a way
music is always a way
to understand »
Ma belle inconditionnée.
9.
donc on va
jouer à boire toutes les boissons chaudes
qu’on connaît
et pas besoin de savoir leurs noms
je vais plier des étoiles
créer un ciel d’origami
sur ton plafond
et toi tu me parleras de tes inquiétudes
ce sera simple
j’ai un futon dans mon salon
une armoire à épices dans ma cuisine
et assez d’albums
pour remplir tous nos silences
tu viens?
10.
t’es
un mouvement dans l’appétit
une vague que les post-modernes
n’attendaient plus
je t’ai trouvé belle
et tu mangeais la bouche ouverte
des objets inusités
tu marches en œuvre d’art contemporain
dans un défilé de machineries
t’es comme une critique qui brûle les pages
de la revue esse
t’es
un fucking chef-d’œuvre
12
j’ai le goût de pleurer en voyant les fruiteries
on pleure pas dans les fruits
on y rit on y baise
mais on n’y pleure pas
c’est bien connu
mais de fruiteries qui donnent sur la rue
de galeries de fruits rangés par couleur
comme en europe ou dans le sud
y a pas ça à sherbrooke
oui bon
ça faisait longtemps que j’avais pas été à montréal.
16.
i may be sick
cause i wrote too much poetry
tried so hard to open the valves that my nose took on the job
i may have a cold
cause montreal smelled so much like memories
that my nose needed a break
peut-être est-ce
l’hémorragie d’un cataclysme minuscule
qui, né dans un renflement entre deux côtes,
s’est répandu jusqu’à mes sinus
et dans mes poumons
some have dreams
i have a cold
am i sick
cause sleep is better for me
than existential crises
i watch Varda movies and eat soup
i guess
my body needed
to be unhealthy in some way
tout est une question d’équilibre, qu’i disent
well then
here’s my napomo for today
well then
monapo, guide mes pas
17.
dans le stationnement derrière mon bloc
un enfant en habit de neige
imite le croassement du corbeau
debout dans une flaque d’eau brune
18.
oui maman
je sais maman
je m’excuse
j’ai cette colère maman
tu vois
je sais pas quand elle commence et je sais pas la faire finir
mais
je veux la vivre maman
je veux la faire exister
quelque part au monde
je veux la voir éclater
c’est pas de ta faute maman
et tu sais que ça vient
et que ça part
tu le sais, ça, en?
tu le sais comme moi
et on cherche quoi dire
et il y a rien à dire
tu fais déjà tellement assez
je peux pas sourire et je veux pas
tu vois
je veux pas.
19.
ta face aussi
à toi
a l’air douce
comme celle des enfants
qui vieillissent trop vite
21.
ma tête de tentacules emmêlées
de neurones qui s’enfargent
je pourrais être celle
qui chill dans un terrain de balle-molle vide
à apprendre la guitare
sous les spots à mouches
en frustrée idéale
en équilibre entre la passion
et la désertion
je pourrais juste chiller
je pourrais m’en faire pour ce qui me touche déjà
continuer
de vivre dans des mélodies de sinéad
et m’allonger en attendant
que l’été passe
22.
an idea-
being bored
a feeling
moving my fingers
on the waves
of the sheets
center of a room
filled with paper and knives
and thread and fabric tissues
a secret house for sleepy moments
and oh so short songs
wool blankets
merge into the curtains
they blend into each other
i must be a memory
the idea of a spoon
the silence between
the covers
i’m on top of the blankets
but i won’t be seen
i expect to be forgotten
while i examine a pillow
and all its subtleties
a fold a shadow a creek
and you’re no where to be remembered
an idea-
being bored
with you
27.
ouais j’le sens pas
mais c’est là
c’est maintenant
à date
j’suis juste assise aux toilettes
du locker
mais quand je vais me lever
essuyer mes mains
prendre le volant
derrière moi
toutes les boîtes
bourrées de mes choses
laissées comme mortes
ce sera là
vraiment là
j’aurai rien d’autre en tête juste ça
ça se chuchotera même dans les craques des nuages
dans les plis de la route
faudra encore que je trouve
à qui offrir mes plantes
et que je passe
le balai dans l’ancien appart
mais
j’en suis là
je le sens pas encore
mais sous mes pieds
y a que mes bottes
sous mes pieds
y a que mes bottes
28.
j’aimerais adresser ce texte
au deuil d’une ambiance
du temps que j’ai pris
à prendre mon souffle / plus que
mon souffle mon vent
ma bourrasque
que
semble-t-il j’avais un peu perdue
quelque part dans une trappe d’aération
vieillissante comme l’arbre immense qui remplissait la cour
et qu’on menaçait de couper
je dois prêter hommage
au casque d’écoute et à cucina povera
aux crayons
et à martine
à l’eau
et à marie
marie, ma succulente marie
je dois couvrir d’éloges la tasse de thé
à l’élégante forme arrondie
qui
servie les soirs de février ou d’avril fut idéale pour aérer son contenu
et éviter
la brûlure
de la camomille séchée c’est ce que je préfère



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