napomo 2021 (Mois national de la poésie)
Écrire un poème par jour pendant le mois d'avril
 

1.

je me trouverai un abri

en U vers le haut

qui regarde les étoiles

qui récolte la pluie

pour se baigner 

même la nuit

j'irai là quand tu regardes pas

je ferai des fresques infinies sur les murs en rond

l'histoire des cycles que tu ne comprends pas

et quand je reviendrai près de toi

je te les conterai tout bas

assoupi, tu m'écoutes

j'aime ça.

 

2.

j’avalerai l’ouragan

pour faire semblant 

qu’il est passé

les hortensias chez maman

partent au vent en-d’dans. 

j’voudrais réparer

tes cabanes à oiseaux

j’aimerais 

que ça sente les lilas

pour toi aussi

ferme les yeux

s’il-te-plaît

ferme les yeux.

 

3.

pascale capable

soulève l’échelle

pète presque rien

ballote juste un peu

existe au complet

rigole en même temps

pascale capable

passe à un autre appel

demande-moi pas

aux quinze secondes

si chu correcte

je vais pas casser en deux

en bougeant

une poche de terre

pascanac

pas d’craques

toute beau

toute prop

presque pas d’marques

tu me dérangeras 

quand tu sauras comment le faire

en attendant

pascale capable.

 

4. 

tu oublies déjà

toute la douceur avec laquelle

on peut être amis

on vit dans deux vaisseaux

de la Terre à nos rêveries d’enfants

tellement différents

tellement côtes à côtes 

j’aimerais que tu me racontes

comment ça se passe

que tu me décrives la vue

que tu 

sois doux

ici

il fait chaud

je vois la mer noire

et la muraille de Chine

les étoiles se mêlent aux oiseaux

une drôle de chaises musicales

ici 

tu cognerais ta tête 

c’est tout microbe

tout petit petit

mais j’te l’dis

t’es toujours 

toujours 

toujours 

toujours 

toujours 

toujours 

toujours 

toujours 

le bienvenu. 

et tu l’seras encore longtemps. 

 

5.

mes amis veulent se pendre

leurs cordes font des boucles

ils s'attachent autour de moi

font leurs noeuds tranquillement

des gestes mécaniques

on les voit plus.

mes amis veulent se noyer

en marchant le long de la st-françois

on a découvert un nouveau sentier

pour se perdre

la bouette plein nos histoires

le printemps qui nous fond 

dans les yeux

on a esquivé la mort

encore.

mes amis veulent mourir

ils regardent pas

en traversant la rue

un vélo, un char, un bus

ils disent

"prends-moi vivant

maintenant

fais qu'on m'oublie vite"

j'ai trop d'espoir pour eux.

mes amis veulent mourir et moi

je veux vivre avec eux.

j'aimerais qu'ils me voient jamais

chercher des réponses

le tête brouillée de leurs brumes

tes petits doigts anxieux qui cherchent

sur quoi te raccrocher

tiens-toi bien

s'il-te-plaît.

 

7. (en rattrapage)

une fois

une amie m'a dit

que quand on se force 

mais qu'on a pu d'jus

on puise dans une tinque à gaz limitée

dans les reins

j'connais pas la science derrière

mais mon papa veut toujours

sauver la situation

et il a beaucoup mal

au bas du dos

écrire un poème par jour

hier 

a feelé comme tirer du jus

de ma tinque à reins créative

 

8. 

(k moi too.)

tu m’demandes où j’trouve mon jus

j’le trouve

dans mon linge sale 

dans l’tiroir d’en bas

dans la chambre à air

dans mon jus d’pomme

dans mon ventre

dans les flaques d’huile

dans le frigo

à côté 

l’autre à côté 

l’aut’ gauche

pis l’aut’ droite aussi

dans l’eau

« dans boîtagants »

entre ses dents

en arrière du monsieur 

sur internet 

t’sais la page, là

avec les jeux flash

je l’sais tu, moi, où j’trouve ça 

dans ma tête

 

10.

mes mains

enfin noircies

me font sentir

que j’arrive

la patience pognée

d’ins ongles

un semi de tomates

pointe son nez

électrisant

j’arrive.

 

9.

j’ai vu tantôt

entre deux sacs de terreau 

ton papa

qui te dit de pas scraper tes jeans

en jouant avec les outils

vous magasiniez à la quincaillerie

sortie de grands

il avait besoin « d’une coupe de deux par quat’ »

et de compost

pour te faire un p’tit bac de jardin dans cour

t’as 11 ans

tu veux tout comprendre

comment le « boat serre la visse »

comme dit papa

comment on fait ça 

un bac de jardin

pis une cabane à oiseaux 

pis tu voudrais poser 

tes propres tablettes

quand tu vas être grande

j’me suis rappelée 

de toi

dans l’centre jardin

j’vous ai suggéré le fumier de poules

vous m’avez salué e en partant

j’te souhaite de tout savoir

pis de te construire

un phare

quand tu vas être grande.

 

11.

chaque jour

dessiner une plante 

j’ai dit

« regarde les plantes pousser »

leurs silhouettes 

des teintes de vert

plus que j’ai de pastels

lundi

la pothos

le trait de sa tige

s’étire un peu plus encore sur la feuille

qu’il y a sept jours

des sirènes dehors

l’univers crisse sur l’asphalte 

fait des tonneaux 

et la coleus 

a de nouvelles 

toutes petites feuilles roses

elle regarde par la fenêtre 

reçoit rien que les maigres rayons du nord

je la regarde pousser

de toutes mes forces

 

12. 

une vieille femme dort

se tenant la tête ensanglantée 

d’une petite main 

de salle d’attente

un groupe de parleux

se plaignent des ceuses

qui respectent pas les mesures

l’autre se ronge les ongles

en jouant à candy crush

moi j’dessine la dame qui dort

au bandage enrubanné 

le miracle humain

cherche plus

c’est ici

 

13.

souvent j'rêve aux autres

les inatteignables

les beaux

les grands

les géants de ma vie

les obsessions habituelles

on marche main dans la main

on est  fulgurants

on est amoureux

on a l'habitude

on passe partout

je me réveille attendri e et songeus e

cette nuit

j'ai rêvé à toi

ouin

tu m'as engueulé e

parce que j'avais pas lavé

les cabarets

comme il faut.

reviens-en

des cabarets.

 

 

je ne veux pas

que mourir 

devienne criminel

je ne parlerai pas

des rois

et des dieux

ils ne m’écouteront pas

de toute manière 

je ne cherche plus

je marche tranquillement 

les vitrines craquées 

des entreprises locales

je ne lis pas les journaux 

les poubelles brûlent 

je mange du plastique

au bord de la rivière 

et j’écoute les canards 

je ne veux pas 

que mourir

devienne 

criminel

parce que mourir

prend toutes ses couleurs

quand le reste

sent

les poubelles 

et le feu

mourir aujourd’hui 

c’est le silence du ciel

qui s’étonne à nous voir

sans cesse nous perdre

mourir aujourd’hui 

c’est voir le promoteur 

couper nos collines

et ne rien dire

je reste là

et je ne bouge plus.

 

 

 

souvent

c'est ironique

mais ça pousse en mauvaises herbes

une affiche sur belvédère

un projet de développement sur la well

un condo

arrivé tout fait pendant la nuit

on ne sait quand

d'on ne sait où

 

habituellement

je ne le vois pas

 

mais cette fois-là

je l'ai vu

en pleine action

il était là

sur la terre 

près de chez mon père

qui me fait rêver

d'être une vache

depuis que je suis enfant

il était là

avec ses plans de géant

ses grandes idées

son veston à rallonge

un personnage mythique

qu'on ne voit que dans les livres

près des gnomes

et des farfadets

 

le promoteur

 

j'ai pas tout de suite su

quoi faire

on n'est jamais préparé

à voir un fantôme

je me suis postée

derrière un arbre

et je l'ai toisé

lui et ses suivant.e.s

un petit essaim

le vent me rapportait leurs grands mots

de gens à vestons

à rallonge

ils parlent

de prestige

d'idéal

de 

nouveaux

horizons

 

je pouvais pas

le laisser couper

nos collines

pour voir plus loin

pas celles-là

pas aujourd'hui

 

aujourd'hui

les vallées

servaient de hamac

à mon regard fatigué

et j'en avais besoin

 

je n'avais pas de temps à perdre

une apparition si rare

ne dure jamais bien longtemps

il me fallait faire quelque chose

et vite

 

on ne m'avait pas remarquée

et sa mercedez était à seulement

quelques pas

 

il l'avait laissée débarrée

parce qu'où vont les promoteurs

est chez eux

c'est ce que j'ai lu

 

je suis entrée

sur la banquette arrière

mon coeur en guerre

à faire péter ses vitres teintées

restée discrète

et j'ai attendu

 

j'ai entendu leur bourdonnement distingué

qui s'est rapproché

leurs talons hauts

leurs cuirs d'italie

s'enfonçait dans la terre molle

c'était bien lui

au devant de sa p'tite nuée

 

il a ouvert grand la portière

dit ses dernières salutations

distinguées, toujours

et s'est engouffré dans la voiture

 

par principe

je ne lui ai pas donné le temps

de tourner la clé dans le contact

j'ai utilisé la vieille chemise de peinture

de mon père

j'ai été surprise

par la faillibilité

d'un être si luxueux

 

quelques secondes

et une agitation vague des bras

comme les pattes d'un cafard

 

plus un bruit

le silence de la campagne est revenu

 

la mauvaise herbe

de toutes les couleurs

n'a jamais si bien poussé

 

c'est à en croire

que la terre est plus riche

qu'elle ne l'était

 

*extrait de mon futur roman à succès intitulé "j'ai tué le promoteur"

 

17.

 

quand j’étais petite

j’aimais remplir

les formulaires

 

comme des examens

où je connaissais 

toutes les réponses

et sinon

y a papamaman à côté

pour tricher

 

j’attends au bord du téléphone

en speaker phone

depuis une heure

assise s’a bol

ambiance ascenseur à mille étages 

 

les fourmis d’in jambes

à en oublier la question 

envie de ne plus faire partie

envie de dire game over

le jeu

est même pas l’fun

anyway

j’trouve pas de serviette

pour la jeter

et je pense à cette p’tite moi

qui connaissait les réponses

 

je déserterais

n’importe quand

cette jungle

de papiers

à signer

 

j’aimerais

retrouver

là où

au lieu 

d’un coup d’téléphone

c’est 

un coup d’main

là où

on peut vraiment disparaître 

pour vrai 

là où

on a l’droit d’oublier 

son numéro d’assurance sociale

 

les câbles de téléphone 

pètent

comme les écrins trop tight

d’un archet

à même 

mon incendie crânien 

et je saurai la réponse une autre fois

 

 

18.

à la fin du jour

le nid

de mousse

les doigts

les cheveux

qui plient

doucement

la lumière fumée 

l’embrasure

le front posé

tout est mou

enfin

silence

 

19. (rattrapage)

je suis échogène

c’est ce que des apprenti-échographes

penchés sur un petit écran en noir et blanc 

m’ont dit l’autre jour

(je travaillais comme patient e standardisé e, je suis pas enceinte, merci)

je suis échogène

ça veut dire

que sur l’écran de mon échographie 

on voit l’océan

les remous les dauphins l’orage qui

valsent

avec mes poumons

de mon foie poussent

fondent et réapparaissent 

encore et encore

des arbres noirs

mon cœur 

est une petite planète difforme

et fleurie

mon ventre est fait

de paysages à

couper mon souffle

...

...

« ok tu peux respirer »

le voilà

le diaphragme 

mon utérus

le tout petit monstre

dans ma jaquette bleu ciel

beurrée jusqu’au dos

de gelée bleu nuit

petit murmur médical

mes yeux se baignent

c’est émouvant, la mer

je voudrais leur dire, leur montrer

mais en médecine

on n’apprend pas

à guérir l’océan

 

20.

reste un peu

le temps des crêpes

ou juste que

le soleil se balade un peu

sans nous

 

juste un peu encore

que le matin s'épuise

sous les draps

 

gaspille ta journée

avec moi

 

21. 

j’ai réalisé

que je pense

à mes plantes

avant 

de penser à toi

le matin

.

.

.

(victoire)

 

24.

je lui ai fait l'amour

comme on part

une tondeuse

 

j'aime pourtant 

le gazon comme 

mes poils

 

long et sauvage.

 

25. 

 

j’aime les gens

qui marchent

près de la rivière 

ceux qui traversent la rue

un soulier détaché

j’aime les gens

qui chantent

tous seuls

ceux qui baissent les yeux

ceux qui courent en shorts

 

j’aime les gens

qui écoutent des podcasts

et les gens qui n’aiment rien

 

j’aime les gens qui hésitent

qui oublient de quoi ils parlaient

j’aime les gens essoufflés

parce qu’ils parlent trop

et ceux qui se justifient

 

j’aime ceux qui se coupent la parole

et s’excusent

ceux qui se retiennent de parler 

ceux qui ne savent plus quoi dire

et ceux qui se contredisent

sans s’en rendre compte

j’aime les gens 

qui rient tous seuls

 

j’aime ceux qui cherchent quoi faire avec leurs mains 

qui ne savent pas où s’accrocher

quand on ne dit plus rien

j’aime les silences

juste un peu trop long

quand mon cœur bat si fort 

m’implore

de trouver une banalité

un meuble de mots

ou quand c’est les oiseaux

qui prennent la relève 

 

j’aime les gens

qui fument et qui pleurent

quand les oiseaux se taisent

 

combien je vous aime...

 

26. 

 

j’ai 

pas pensé

aux conséquences

 

on

pense toujours

trop à elles

et elles pas à nous

 

j’me suis couché e sur le sol

plaquéventré e qu’on m’immole

je suis désolé e

 

j’ai voulu sauver

la face de la lune

elle m’a dit je t’aime

vas donc te coucher

 

si 

tu entends

le jour

 

viens

qu’on lui joue

un tour

 

toutes seules on peut briller

 
napomo 2020 (Mois national de la poésie)
Écrire un poème par jour pendant le mois d'avril

à défaut
des piqûres d’abeilles
d’Égyptienne
mes nuits
sont des insomnies
de Caïman de Canard de Chatte

 

j’ai une invitée
d’une autre civilisation
dans les muscles et les jointures
je suis l’esclave
de ses désirs reptiles
et je veux dormir

un jardin dans la tête
il neige ce matin
mon édredon est tout blanc

un jardin tellement creux
dans les poumons
un jardin de poules et de solitude
un jardin de feux de foyer
mes rêvasseries sont tellement juste en train
de faire pourrir les semis.

brasser la neige
et le hummus

faire de très, très beaux gâteaux

baba moi

je sais faire ça

faire mon salon
dans tes craques
on va dire le divan
c’est la grosse racine
baba moi
je sais faire ça

tirer la chasse
à la perdrix

les feuilles mortes

c'est par ici
baba moi
j’ai tout appris ça

maintenant baba
c’est à toi

 

jouer tout seule
c’est comme pas jouer du tout

tu dois faire une bonne amie


c’est toi qui a inventé l’ennui

à quoi servent les fenêtres ?
tu manges
tu joues les fontaines
tu vas bien aller

t’as trouvé
une couleur qui te va bien
et tu la portes
même pas
c’est pourtant
à ça
que servent les fenêtres

je te jure
que les arbres
mangent pas les humains

une dernière fois
je te l’offre
je vais prendre une marche
viens-tu avec moi ?

par ici
l’espace des fougères
une main d’eau
de la fumée

j’ai pas vu la nuit tomber
je fixais des légumes
et démêlais la laine rouge

je me suis fait au crochet
un bouquet de fleurs séchées
et des mitaines pour les tenir

j’attends un appel
à la tombée du jour
j’attends toujours un appel

dans le silence
je trouve des personnages
dans les replis de ma peau

ils ne sont pas d’accord
avec moi
sur grand-chose
je vais devoir leur apprendre
l’art d’être compliqués

j’ai passé la journée
à démêler la laine rouge
nue dans le salon

le temps se démêle
fait des tourbillons soignés
comme le ruisseau, regarde

et puis l'herbe à la lune
sèche, je crois
comme mon bouquet de pommes
qu'on mangera à ton retour

dis, tu reviens quand
j'ai presque fini mon tricot
faudrait pas que tu manques ça

 

y a une guerre
dans mon ventre.

voilà
je vous l'annonce comme ça.
j'aurais cherché de meilleurs mots
des mots plus doux, peut-être
mais il faut ce qu'il faut
en temps de guerre.

y a une guerre là
je croyais qu'elle était née
à la chute d'un obus
que j'ai entendu tomber l'été dernier.
il n'en est rien.

mon ventre porte la guerre
depuis bien longtemps.
mon ventre porte la guerre
que portait celui de mon père.
et celui de son père
portait celle d'un lointain ailleurs
que je n'ai jamais connu.

je porte des racines
qui en veulent à mes ailes
de vouloir ce qu'elles veulent.

tu m'as dit hier
entendre craquer tes os
sous les pages
et les pages
d'une histoire que tu n'as pas écrite
et je te
comprends

tellement.

mon ventre porte une guerre
et je vous promets
de ne plus jamais sortir les armes.

 

quel genre de poème
te donnerait le goût
d’apprendre ma langue ?

quels mots
doucement chantés
te donneraient envie
de danser
avec moi
sur la table
de ta cuisine ?

j’attends le temps
où tes cheveux
viendront me retrouver
chez moi
par delà les distanciations
de leur longueur d’isolement

 

t’as une araignée
sur la joue
elle te pose
les bonnes questions

elle te fait des toiles
de laine
elle te fait un chapeau

t’en fais pas
ton araignée
te tiendra
au chaud

 

j'aimerais tellement
voir tes sorts
comme des paroles
de paix

j'aimerais
m'imaginer
un jour danser
avec toi
comme des spirales de fumée
au milieu de nos décombres

je sais qu'on trouvera

 

voilà
il neige

mes doigts
ne sont pas bleus pour ça

et enfin
on mange.

 
napomo 2019 (Mois national de la poésie)
Écrire un poème par jour pendant le mois d'avril

1.
j’ai slidé sur la découpe
des deux bords du monde
du mien, sûrement

 

j’me suis sentie
comme on respire

 

jusqu’à la cime
jusqu’au creux
juste ici j’me serais plantée

 

t’sais ces moments-là
où le futur s’étale sur une cuisine
pis sur des fenêtres qui donnent sur la neige

 

t’sais quand tu t’installerais dans une pensée
tu t’y fonderais une famille
t’y achèterais peut-être un chien

 

ça slidait bien...

2.
j’arrive au bout des jours mesurés
la poussière de sherbrooke sent le printemps

 

tantôt 
j’ai pissé dans la rivière 
et j’ai souri au soleil
mon sac à dos plein de bouffe d’épicerie 
pas d’porte-feuille
c’était un bon moment

 

le long d’la galt est
le genou gauche qui commence à chauffer
le col roulé déroulé 
masque à gaz improvisé
j’me souviens pu à quoi j’pensais

à regarder les chars
me splasher de flaques brunes

 

j’pense que j’me suis demandé comment j’fais 
pour être heureuse de même

 

 

 

3.

ma princesse préférée

portait un sac au lieu d’une robe

 

son prince l’ayant vue ainsi vêtue 

s’en était allé en courant

 

et elle

elle s’en est allée dans la direction opposée

les bras dans les airs

sous un coucher de soleil

 

quand j’étais petite

j’avais des robes et des couronnes

 

et j’idéalisais les sans-abris

4. 
ma chambre est propre
j’ai pu d’amis
je suis aux anges

 

non ç’pas vrai
voyons donc
ta best c’t’une plante
t’es chill
t’es aux anges

 

t’as raison
j’t’aux anges

 

j’ai bu un smoothie
c’tait un smoothie vert
yo
un smoothie vert
j’t’aux anges

 

j’ai trié ma poussière 
pis j’ai mis les choses qui se ressemblent ensemble 
la poubelle est pleine
pis j’ai pu d’amis

 

y a du jazz pis y a björk
ben y a ma succulente aussi

 

j’t’aux anges

5. 
j’avais même déchiré mon rideau pour m’en faire une jupe
j’avais pris des fleurs séchées 
pour rassurer ma coiffure de pu habituée 
les bottes fières 
l’idée enrubannée
m’en va cruiser
la fin d’une solitude
les deux mains su’l micro
le cœur déployé
m’en viens t’bricoler ça
c’te matériel à imaginaire-là

 

ça arrive
pour siffler faut savoir vomir (c’tu ça, la phrase?)
j’m’étais mise belle pour les fantômes 
j’ai crié 
comme pour séduire
la fin du monde

 

ça a fait écho
dans mes craques

 

ça arrive

 

7.
ils auraient l’odeur d’un lac et du bord d’un feu
avec une touche de l’effort parfumé d’un bûcheron 
ils seraient faits à base de berceuses et d’oreillers

voiliers téméraires
ils goûteraient le sapin
et écriraient des poèmes sur mon dos
des poèmes sans rimes
compteraient le nombre de mes vertèbres comme pour s’en souvenir 
et prendraient ma nuque comme on prend la mer

 

8. 
ça c’est moi

tu me demandes 
« why do you want to isolate yourself? »
y a un volcan pis des éclaboussures 
tu les entends pas
tu es empathique pour ce qui s'entend
c’est pas de ta faute

pis ça c’est toi

« we’re social animals, you know »
la femme sublime sur le grand écran
qui se cache le visage d’une main
pour qu’on ne la reconnaisse pas dans la salle de cinéma

tu as marché jusqu’ici pour du thé
et tu parles toutes les langues sans me comprendre
tu joues au piano avec des écouteurs

« music is a way
music is always a way
to understand »

Ma belle inconditionnée.

 

9.

donc on va

jouer à boire toutes les boissons chaudes

qu’on connaît 

et pas besoin de savoir leurs noms

 

je vais plier des étoiles

créer un ciel d’origami

sur ton plafond 

et toi tu me parleras de tes inquiétudes

ce sera simple

j’ai un futon dans mon salon

une armoire à épices dans ma cuisine

et assez d’albums

pour remplir tous nos silences

 

tu viens? 

10.
t’es
un mouvement dans l’appétit
une vague que les post-modernes
n’attendaient plus

je t’ai trouvé belle
et tu mangeais la bouche ouverte
des objets inusités
tu marches en œuvre d’art contemporain
dans un défilé de machineries

t’es comme une critique 
qui brûle les pages
de la revue esse

t’es
un fucking chef-d’œuvre

12

j’ai le goût de pleurer en voyant les fruiteries

on pleure pas dans les fruits

on y rit on y baise

mais on n’y pleure pas

c’est bien connu

 

mais de fruiteries qui donnent sur la rue

de galeries de fruits rangés par couleur

comme en europe ou dans le sud

y a pas ça à sherbrooke

 

oui bon

ça faisait longtemps que j’avais pas été à montréal.

16.
i may be sick
cause i wrote too much poetry
tried so hard to open the valves 
that my nose took on the job

i may have a cold
cause montreal smelled so much like memories
that my nose needed a break

peut-être est-ce 
l’hémorragie d’un cataclysme minuscule
qui, né dans un renflement entre deux côtes,
s’est répandu jusqu’à mes sinus
et dans mes poumons
some have dreams
i have a cold

am i sick
cause sleep is better for me
than existential crises
i watch Varda movies and eat soup

i guess
my body needed
to be unhealthy in some way
tout est une question d’équilibre, qu’i disent

well then
here’s my napomo for today
well then
monapo, guide mes pas

 

17.

dans le stationnement derrière mon bloc
un enfant en habit de neige
imite le croassement du corbeau
debout dans une flaque d’eau brune

 

18. 
oui maman
je sais maman
je m’excuse
j’ai cette colère maman
tu vois
je sais pas quand elle commence 
et je sais pas la faire finir
mais
je veux la vivre maman
je veux la faire exister
quelque part au monde
je veux la voir éclater
c’est pas de ta faute maman
et tu sais que ça vient
et que ça part
tu le sais, ça, en?
tu le sais comme moi
et on cherche quoi dire
et il y a rien à dire
tu fais déjà tellement assez
je peux pas sourire 
et je veux pas
tu vois
je veux pas.

 

19.

ta face aussi

à toi

a l’air douce

comme celle des enfants 

qui vieillissent trop vite

 

 

21.

ma tête de tentacules emmêlées
de neurones qui s’enfargent

je pourrais être celle
qui chill dans un terrain de balle-molle vide
à apprendre la guitare
sous les spots à mouches

en frustrée idéale
en équilibre entre la passion
et la désertion
je pourrais juste chiller

je pourrais m’en faire 
pour ce qui me touche déjà
continuer
de vivre dans des 
mélodies de sinéad
et m’allonger en attendant
que l’été passe

 

 

 

 

22.

an idea-

being bored 

 

a feeling

moving my fingers

on the waves

of the sheets

 

center of a room 

filled with paper and knives

and thread and fabric tissues

a secret house for sleepy moments

and oh so short songs

 

wool blankets

merge into the curtains

they blend into each other 

i must be a memory

 

the idea of a spoon

the silence between 

the covers

 

i’m on top of the blankets

but i won’t be seen

 

i expect to be forgotten 

while i examine a pillow

and all its subtleties 

a fold a shadow a creek

 

and you’re no where to be remembered

 

an idea-

being bored

with you

 

24.

pourquoi?


https://pascaleoui.bandcamp.com/track/pourquoi

à cause des poèmes
à cause des frissons dans la nuque
à cause de mon corps
à cause des miroirs
à cause des dessins
à cause des likes
à cause de josé yvon et de denis vanier
à cause du thé de bacon et des fugues de corbeil
à cause des journées de matinées
à cause des baklawas
à cause de mon désir inassumé et insatiable de reconnaissance
à cause de ma peur de la mort
à cause de la belle au bois dormant qui avait tellement des beaux cheveux parce qu’elle ne faisait rien d’autre que dormir en attendant que sa vie commence dans les bras d’un homme qui ne comblerait jamais ses besoins de respect et de sensualité platonique
à cause du déni
à cause de ma haine
à cause de la haine de mon père
à cause des becs dans le cou pas bienvenus
à cause des chasses aux trésor
des investissements à la bourse
des cours d’histoire au secondaire
à cause de ma première belle-mère
à cause de ma deuxième belle-mère
à cause de mes ami.e.s qui s’aimaient pas entre eux
à cause de mes ami.e.s qui s’aimaient pas eux-mêmes
à cause de mes fugues
à cause de mes cauchemars
à cause de tout ce que j’ai ressenti en perdant mon nom
à cause des montagnes
des rues
des cennes
de mon ukulele qui fittait dans l’décor
à cause de ces jupes qui me faisaient me sentir sensuelle
à cause de leurs épaisseurs pas possible et des danses spontanées sur le bord de l’autoroute en écoutant la musique de hair dans les hauts-parleurs de la westfalia
à cause du hash
à cause des autres langues
à cause de la mer
à cause des jams
à cause des gars qui me disent que je chante bien sans utiliser de mots
à cause du high volontaire
à cause du high épeurant
à cause des labyrinthes
à cause des conseils
à cause des pipes
à cause des sécheresses
des inondations
des tremblements de terre
de la fin du monde
à cause de ma prof de catéchèse qui parlait de mon futur
à cause du défi têtes rasées
à cause des revues cool
à cause de la pornographie dans la chambre de nathan à 12 ans
à cause des journées couleur
parce que ça fait du bien
parce que j’y pense pas
parce que mes parents m’ont dit de faire c’que j’veux
pis que j’pense que c’est ça que j’veux
parce que ma rétine est plus sensible aux nuances des couleurs que celle des gars
surtout celle de mon frère
parce que j’avais des bonnes notes au secondaire
parce que je suis un bébé qui aimerait ne jamais toucher à un rapport d’impôts
parce que j’aimerais rester pour toujours dans les bras d’une maman
même une maman qui me graffigne
surtout une maman qui me graffigne
parce que j’aimerais déménager dans une grotte
parce que j’ai trop peur de sortir de la ville et de me rendre compte que dans le fond la ville n’est pas la source de tous mes problèmes
parce que je suis invincible
parce que je ne sais pas perdre
parce que je ne prends pas tout en considération
parce que ça me fait me sentir invincible
parce que je suis anarchiste, je crois
parce que j’ai dû fermer un recueil de textes d’étudiants finissants en philo à l’uqam parce que je mouillais trop
parce que je jouis en lisant des textes de bleuets et de pêches
parce que j’aimerais parfois être inuite
et qu’à d’autres moments, je me trouve parfaitement stupide et privilégiée de pouvoir même y songer
parce que je crois en la réincarnation
parce que je savais conjuguer le verbe coudre à 7 ans
parce que j’ai dit « c’est bien »
parce que j’ai éclaté en larmes quelques secondes après
et que j’ai réalisé que je devais devenir clown boulangère quelques secondes après
parce que j’ai toughé deux ans
parce que j’ai toughé deux ans et huit mois
parce que j’ai toughé trois ans et six mois
parce que j’ai toughé cinq ans et quatre mois
parce que j’ai toughé sept ans
parce que j’ai toughé quinze ans et demi
parce que j’ai toughé dix-huit ans et cinq mois
parce que j’ai toughé vingt-et-un ans et 10 mois
et que je tiens encore assis
parce que je viens de naître
parce que j’ai eu l’impression que j’allais mourir
parce que julia pleurait quand elle pensait à ça
parce que ses mains tremblaient
parce que je peux respirer dans un micro
parce que le sens perd du poids quand on n’y pense pas
parce que je me sens mieux quand je pense pas
parce que nue, je suis suffisante
parce que nue, j’ai disparu
parce que mes draps sont tachés
parce que philippe aimait pas mes chansons de réveil-matin
parce que zik-mou me limitait à cuilliériste et que j’aurais préféré être chanteuse avec taquino
parce que deux accords, c’est déjà beaucoup
parce que je fais des boites pour déménager dedans
parce que le bruit des billes m’inspire des symphonies
parce qu’il y a des théâtres de marionnettes dans ma tête
parce que j’aime pas le goût de la vodka
parce que je sais pas nager
parce que sinon j’aurais mangé trop de fromage et de viandes froides
parce que je rêvais de ruelles
parce que c’est ridicule et que ça sert à rien
parce godspeed me fait mouiller
parce que j’ai l’goût d’niaiser
parce que les sourcils sont une passion
parce que parce que parce que
et puis grâce

à flanagan

 

27.
ouais 
j’le sens pas
mais c’est là
c’est maintenant

à date
j’suis juste assise aux toilettes
du locker
mais quand je vais me lever
essuyer mes mains
prendre le volant
derrière moi
toutes les boîtes
bourrées de mes choses
laissées comme mortes

ce sera là
vraiment là
j’aurai rien d’autre en tête 
juste ça
ça se chuchotera même 
dans les craques des nuages
dans les plis de la route

faudra encore que je trouve
à qui offrir mes plantes
et que je passe
le balai dans l’ancien appart
mais

j’en suis là
je le sens pas encore

mais sous mes pieds
y a que mes bottes
sous mes pieds
y a que mes bottes

 

28.
j’aimerais adresser ce texte
au deuil d’une ambiance

du temps que j’ai pris
à prendre mon souffle / plus que
mon souffle 
mon vent
ma bourrasque

que
semble-t-il 
j’avais un peu perdue
quelque part dans une trappe d’aération
vieillissante 
comme l’arbre immense qui remplissait la cour
et qu’on menaçait de couper

je dois prêter hommage
au casque d’écoute 
et à cucina povera

aux crayons
et à martine

à l’eau
et à marie
marie, ma succulente marie

je dois couvrir d’éloges 
la tasse de thé
à l’élégante forme arrondie
qui
servie les soirs de février ou d’avril 
fut idéale pour aérer 
son contenu
et éviter
la brûlure

de la camomille séchée 
c’est ce que je préfère 

 
Hiver 2019

stop talking about your parents

and just breathe the air

i can also breathe

walk on your path

like everybody else

forget that unusual

friend you made

you're filled with good reasons

to be wrong

and to hurt me to death

you know

you'll get away with it

anyway

you don't deserve

to be a resting body

but so don't

all the others

in your yoga class

and they live their best lives

and there's nothing more to say

///

tell me what really stayed

of the prints i have made

on your heads and your calves

tell me when you washed them off

and at what point you forgot them

we're all gonna die

we're all gonna die

we're all gonna die

we're all gonna die

tell me why your room was filled

with futile objects and colors

i noticed you forgot to open the curtains

when i left

did you forget the morning, too?

you wrote poetry

you let yourself believe you knew me

holding me so tight

your breath was a bit short

why was it so short?

you didn't get published

i did

you wanted to collaborate

in our sleep

///

i walked in the raining snow

and i thought of your cold eye

staring at winter

what are we even doing here

i walked with the girl

that built you a garden

you didn't like

we talked about flowers

there was snow in my boot

you chose drawing

over your phone

i watched a Ted talk on

introverted people

///

i posted a suggestive poem

on my Instagram

because i felt the need to do so

hoping you wouldn't mind

you are still drawing

i am still writing

while you do self-portraits

with your own blood

i write about you

and i wish you didn't know

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